18 novembre 2020

Sur les traces de la grande-duchesse héritière Stéphanie à Anvaing

La Grande-Duchesse héritière, née comtesse Stéphanie de Lannoy, a passé son enfance dans le village d’Anvaing, en province de Hainaut. Outre le château familial, plusieurs lieux sont liés à la princesse Stéphanie et à sa famille. Une promenade dénommée « le sentier de l’Amour » permet d’aller à leur rencontre. Cette promenade balisée, créée en 2016, est ponctuée par plusieurs œuvres censées faire référence au thème de l’amour. Ce parcours a vu le jour grâce à une association sans but lucratif (ASBL) dont la comtesse Jehan de Lannoy, belle-sœur de la princesse Stéphanie, était l’une des fondatrices.

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Depuis 2014, les comtes de Lannoy se sont d’ailleurs engagés à planter un kilomètre de haie par an, représentant dix-neuf espèces d’arbustes différents dans le but d’apporter un maximum de couverture et de nourriture à la petite faune et aux insectes durant toutes les périodes de l’année. Cet engagement des Lannoy en faveur de l’environnement et du paysage local n’est pas anodin. Ainsi, le comte Christian, après une carrière au sein de la diplomatie, est actuellement le responsable de la Direction Climat et Environnement au sein du ministère des Affaires étrangères. Son frère le comte Amaury est un administrateur de la Fondation wallonne pour la conservation des habitats. Le comte Olivier est quant à lui administrateur du Conseil cynégétique du Pays des Collines et le représentant de cette zone géographique au sein de « Nature, Terres et Forêts » qui représente et défend les intérêts des propriétaires ruraux en Wallonie. Notons également que l’aîné, le comte Jehan, fut membre d’une ASBL destinée à promouvoir sous toutes ses formes la pêche à la truite et les produits du terroir. La famille, de concert avec des collectifs de citoyens, s’oppose également à la construction d’éoliennes par le groupe Colruyt sur le territoire de la commune. Elle considère que ce projet porterait gravement atteinte à l’environnement local et à son château et qu’il détériorerait de manière significative la valeur des biens immobiliers dont ses membres sont propriétaires indivis. 

Le départ du « sentier de l’Amour » se situe au niveau de l’église Saint-Amand, un édifice de tradition classique avec ses briques et son soubassement en pierres datant de 1780. De style néo-classique, l’intérieur de l’église est doté d’un buffet d’orgues remontant à la seconde moitié du XVIIe siècle dans lequel a été installé un nouvel instrument en 1854. C’est dans ce lieu que furent ainsi célébrés le baptême et la communion de la Grande-Duchesse héritière. En juillet 1995, plusieurs membres du gotha européen s’y sont retrouvés à l’occasion du mariage du comte Bruno de Limburg Stirum et de la comtesse Christine de Lannoy, cousine germaine de la princesse Stéphanie. Plus récemment, en 2012 et en 2019, l’église a accueilli les funérailles des parents de la princesse Stéphanie, en présence de représentants de la famille grand-ducale et de la famille royale belge. 

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog

Baptême de la princesse Stéphanie le 11 mars 1984
Photo : Collections de la famille de Lannoy

Première communion de la princesse
Stéphanie en mai 1991
Photo : Collections de la famille de Lannoy


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Accolé à l’église, un mausolée est dédié au comte Augustin de Lannoy (1743-1801) et à son épouse, née Ferdinande Franeau d’Hyon de Gommegnies (1748-1809). Dernier seigneur d’Anvaing, le comte Augustin fut capitaine du régiment du Roi-Infanterie et commandant de la légion volontaire nervienne. Auprès d’eux reposent également leur fils le comte François (1769-1835), qui fut chambellan du roi Guillaume Ier, et leur belle-fille née Louise d’Ursel (1775-1834). C’est le comte Augustin qui fit l’acquisition en 1781 du château d’Anvaing. Il possédait déjà le domaine de La Chaussée à Velaines, situé non loin d’Anvaing. Son fils François s’installa le premier au château en 1797. Ce dernier fut bourgmestre d’Anvaing, fonction que conservèrent les comtes de Lannoy de 1899 à 1964, sans discontinuité. 

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog

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Dans le cimetière situé à côté de l’église se trouve le caveau de famille des comtes de Lannoy, dans lequel reposent notamment les parents de la princesse Stéphanie. Au sein de l’église, un panneau met en exergue les missionnaires de cette paroisse actifs dans le monde, en ce compris la comtesse Gaëlle de Lannoy, sœur de la Grande-Duchesse héritière et marraine du prince Charles. Celle-ci est une laïque consacrée au sein du Foyer de Charité de Courset, dans le Pas-de-Calais (France), où elle œuvre comme responsable des ressources humaines et formatrice. Par ailleurs, notons que la comtesse Amaury de Lannoy, belle-sœur de Stéphanie, est impliquée au sein de la paroisse afin d’y enseigner la catéchèse.

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog

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Poursuivant le « sentier de l’Amour », le promeneur passe à côté de l’école fondamentale libre Saint-Vincent-de-Paul, un établissement scolaire pour maternelles et primaires, que la princesse Stéphanie et tous ses frères et sœurs ont fréquenté. Cette école a été fondée en 1820 par la comtesse Blanche de Lannoy (1769-1835), fille de François et Louise d’Ursel, qui fut supérieure de la congrégation des dames du Sacré-Cœur à Rome. Le comte Philippe de Lannoy (1922-2019), père de la princesse Stéphanie, présida d’ailleurs le pouvoir organisateur de cet établissement. C’est aujourd’hui le comte Amaury qui participe à sa gestion. La promenade quitte ensuite le centre du village en longeant le terrain de football de l’Athlétic Club Anvaing. Cette parcelle fut mise gracieusement à la disposition du club en 1969 par le comte Philippe de Lannoy. 

Plus tard dans la promenade, au lieu-dit de la Maladrie, se dévoile aux promeneurs une chapelle dédiée au père Damien, missionnaire belge célèbre pour son travail auprès des lépreux de l’île de Molokai à Hawaï qui fut béatifié en 1995 par le pape Jean-Paul II puis canonisé par le pape Benoît XVI en 2009. Cette chapelle, érigée à l’initiative de la mère de la princesse Stéphanie, née Alix della Faille de Leverghem (1941-2012), a été bénie le 6 juin 2010. Il s’agit en réalité d’une ancienne chapelle qui avait été démontée en 1978 avec la construction de la chaussée reliant Leuze à Renaix. Les différents éléments avaient alors trouvé refuge au château d’Anvaing. Après avoir été mesurées, répertoriées et rassemblées, les pierres ont permis d’ériger un nouveau lieu de culte fidèle au précédent. Dans cette chapelle, une plaque et un dessin rendent hommage à la comtesse Philippe de Lannoy. 

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog

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Le sentier emmène ensuite le promeneur vers la drève du château pour découvrir enfin le domaine familial des comtes de Lannoy, s’étendant sur une soixantaine d’hectares. Le château a été construit, à proximité de la demeure de ses ancêtres, par Jacques Ier de Boubais, seigneur d’Anvaing et déjà châtelain de Leuze. L’édifice a été achevé en 1561. De style renaissance flamande et doté de quatre tours d’angle à trois niveaux, le château a connu d’importants travaux à partir de 1819 sous la houlette du comte François de Lannoy, modifiant sensiblement les étages supérieurs sans toucher à la charpente. A cette époque, les salons furent décorés dans le style Louis XVI. Badigeonné à la chaux pour masquer les raccords de maçonnerie, le château fut décapé en 1895 pour lui rendre son aspect primitif avec matériaux apparents, des briques espagnoles et des pierres bleues de Tournai. 

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog


Devant l’enceinte du château, face à la drève du Caillois, il est possible d’admirer l’avant-cour avec, de part et d’autre, des dépendances datant de la première moitié du XVIIe siècle probablement dues en grande partie à Jacques II de Boubais, petit-fils de celui qui est à l’origine du château. En empruntant la drève du Pureau, le promeneur est invité à découvrir une partie de l’étang, la façade latérale du château et une autre vue vers les dépendances. Le château, qui est entouré d’eau, a d’ailleurs été construit sur des prés marécageux de la vallée de la Rhosnes et l’édifice a été bâti sur des pilotis de troncs entiers de hêtres. Le ruisseau local alimentait à l’origine les douves. Ce fut sans doute le marquis Jean de Mesgrigny, époux de la petite-nièce de Jacques II de Boubaix, qui rectifia et canalisa le cours de la Rhosnes et aménagea un étang sur le domaine. Occupant le château de son mariage en 1680 à son décès en 1720, cet ingénieur militaire fut le gouverneur de la citadelle de Tournai et le bras droit de Vauban lors de sa construction de cette fortification. Il fut également à l’origine d’un parc établi selon des plans réguliers et des perspectives dans le goût français. Sans doute influencé par le courant romantique, le comte François de Lannoy opta pour un parc à l’anglaise. 

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog

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Au début du XXe siècle, le comte Philippe de Lannoy (1866-1937), qui fut Grand Maréchal de la Cour, restaura des jardins classiques. Il s’attela aussi à des travaux de décoration à l’intérieur du château. Durant la Première Guerre mondiale, le comte permit à des habitants du village de travailler dans sa propriété, leur faisant ainsi éviter le travail obligatoire en Allemagne. Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’état-major général de la sixième armée allemande se fixa au château d’Anvaing. C’est là, le 28 mai 1940 en matinée, que la capitulation belge y fut signée. Les généraux allemands Walter von Reichenau et Friedrich Paulus y accueillirent le général Derousseaux et le commandant Liagre, dépêchés par le roi Léopold III, pour signer l’acte officiel sur la table de la salle à manger. Le plafond de cette pièce conserve d’ailleurs les stigmates d’impacts de balles tirées par les Allemands à cette occasion. 

Photo : Valentin Dupont / Royalement Blog

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Le château, classé depuis 1972, ne se visite normalement pas. Il est épisodiquement ouvert au public à l’occasion d’événements culturels, comme l’exposition « Le 7ème Ciel » en 2015. Deux ASBL y ont leur siège. D’une part, Anvinium créée en 2002 qui a pour objet la gestion rationnelle et productive, ainsi que la valorisation de son patrimoine, tant en termes de biens et droits immobiliers que de biens mobiliers, mais aussi l’exploitation agricole, horticole et forestière, la protection de l’environnement, la défense du patrimoine, la promotion de l’art et de la culture. Aujourd’hui, ce sont les frères de la princesse Stéphanie qui l’administrent. D’autre part, l’ASBL Lannoy (anciennement Fondation Lannoy), créée en 1991, vise quant à elle l’acquisition, la conservation et la mise en valeur des biens familiaux ou liés à la famille, qu’il s’agisse de biens immobiliers et mobiliers, de documents ou d’archives. Plusieurs frères et cousins de la Grande-Duchesse héritière en sont les administrateurs. En 2019, avec la dissolution de l’Association des bibliothèques publiques de Frasnes-lez-Anvaing, cette dernière fit don de ses livres à l’ASBL Lannoy. Ayant aussi comme objectif le maintien du patrimoine local, l'ASBL les a mis à disposition de l’école Notre-Dame des Rhosnes. L’implication bénévole de la comtesse Philippe de Lannoy avait été particulièrement apprécié au sein de l'Association des bibliothèques publiques. Sa fonction de trésorière avait été reprise après son décès par son fils Amaury.

Notons également que le château se trouve entouré de drèves majestueuses. Leur tracé remonte au XVIIe siècle et est dû à Jacques II de Boubais et son neveu Maximilien de Tenremonde (1614-1683). Ils mirent ainsi le château au centre d'une vaste étoile formée d'avenues rectilignes plantées de deux ou quatre rangées d'arbres. En 2020, sur la drève entre le château et la nationale 60, les frênes, atteints de la chalarose, ont été abattus. Ils seront remplacés par des chênes, essence qui avait déjà été choisie en 2011 par le comte de Lannoy pour arborer la drève entre le château et le village.

Le « sentier de l’Amour » ramène ensuite le promeneur peu à peu vers le village d'Anvaing. La promenade s'achève sur la place du village, face à l'église Saint-Amand. 

Liens utiles

- « La chapelle d'Anvaing en hommage au Père Damien », reportage de Notélé du 16/06/2010, avec l'intervention de la comtesse Philippe de Lannoy
- « Un château et une famille illustre », reportage de Notélé du 28/05/2016, avec l'intervention du comte Jehan de Lannoy
- « Anvaing : l'abattage des arbres de la Drève a commencé », reportage de Notélé du 10/04/2020, avec l'intervention du comte Amaury de Lannoy 
- « Il y a 80 ans, l'armée belge capitulait au château d'Anvaing », reportage de Notélé du 28/05/2020, avec l'intervention du comte Amaury de Lannoy

19 septembre 2020

Baptême du prince Charles de Luxembourg

Le 19 septembre 2020, le prince Charles, Jean, Philippe, Joseph, Marie, Guillaume de Luxembourg a été baptisé en l'abbaye Saint-Maurice-et-Saint-Maur à Clervaux en présence de la famille grand-ducale et de la famille de la grande-duchesse héritière Stéphanie. Son parrain est son oncle le prince Louis de Luxembourg et sa marraine est sa tante la comtesse Gaëlle de Lannoy. La messe a été présidée par le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg et concélébrée par l'évêque auxiliaire Leo Wagener, l'archevêque émérite Fernand Franck et le révérend père Dom Michel Jorrot, père abbé de l’abbaye de Clervaux. 

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En raison de la crise sanitaire liée au COVID-19, cette messe d'action de grâce pour le baptême du prince Charles avec les rites complémentaires du baptême n'avait pas été annoncée. La presse luxembourgeoise et internationale étaient restés dans la confidence. C'est la première fois que la famille grand-ducale choisit l'abbaye de Clervaux pour y célébrer un événement familial. Cette abbaye bénédictine fondée en 1909 était sans doute un choix, contrairement à la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg, permettant de maintenir la discrétion autour de l'organisation et du déroulement de l'évènement. Notons par ailleurs que la commune de Clervaux est liée à la famille de la grande-duchesse héritière Stéphanie puisque les Lannoy y fondèrent une branche au XVIe siècle qui s'éteignit en 1854. 

Pour cet événement, le Grand-Duc et la Grande-Duchesse étaient accompagnés du prince Félix et de la princesse Claire, venus avec leurs enfants Amalia et Liam, du prince Louis (parrain de l'enfant) et du prince Sébastien avec le pied plâtré. Seule la princesse Alexandra, sœur du grand-duc héritière, était absente. 

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Du côté de la famille de la grande-duchesse héritière Stéphanie avaient fait le déplacement le comte et la comtesse Jehan de Lannoy, accompagnés de trois de leurs quatre enfants, Louise, Antoine et Maxime, le comte et la comtesse Christian de Lannoy, accompagnés de leurs enfants Teresa, Ignace, Jacques et Alix, Mme John Hamilton (née comtesse Nathalie de Lannoy), la comtesse Gaëlle de Lannoy (marraine de l'enfant), le comte et la comtesse Amaury de Lannoy, le comte et la comtesse Olivier de Lannoy, accompagnés de deux de leurs trois enfants Philippe et Gustave, ainsi que M. et Mme Jean-Charles de le Court (née comtesse Isabelle de Lannoy), venus avec cinq de leurs six enfants Isaure, Aline, Lancelot, Héloïse et Nicodème. 

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15 août 2020

La tradition funéraire de l'obiit et la famille royale belge

La pratique funéraire de l'obiit (parfois également orthographié « obÿt ») est très ancienne. Selon Stefan Crick (« Funerair erfgoed: obiits en rouwgebruiken bij adel », PDF en ligne), cette tradition remonterait à l'époque chevaleresque. En effet, dans le cortège funèbre d'un chevalier, des membres de la famille étaient amenés à porter plusieurs de ses attributs : bouclier, heaume, épée, gants, éperons, ou encore cotte d'armes. Après le service funèbre dans l'église, ces éléments étaient suspendus au dessus de la tombe du défunt chevalier. Au fil du temps, avec le développement de l'héraldique, ces éléments directement liés au défunt ont été remplacés par une évocation héraldique.



Ainsi serait né l'obiit. Mais que signifie ce terme ? Il peut littéralement être traduit comme « est mort » ou « mourut » et il provient du verbe latin obire. Selon le dictionnaire de référence latin-français du philologue Félix Gaffiot, le verbe obire signifie « aller devant ». Au sujet de cette traduction, Jean Marie Desbois précise ceci : « Mais aller au-devant de quoi ? Vers un endroit éloigné. Le soleil obit (3e personne du présent de l'indicatif), il va « au-devant du bout », à l'horizon, à l’extrémité des choses. Il meurt, pourrait-on dire alors. Ainsi, le sens que nous retenons de nos jours à obire est clair, dès lors qu'il s'applique aux humains. Un homme qui obit, c'est un homme qui va devant l'horizon de sa vie, qui disparaît derrière la ligne de son âge, qui se couche comme le soleil du soir. Obire, c'est « s'en aller », quitter la scène du monde comme l'acteur d'un théâtre. Vision poétique de la mort qui était celle des auteurs latins de l'Antiquité » (« « Obiit », que signifie ce terme ? », Géné Provencearticle en ligne du 20/12/2014).

Cortège funèbre de la princesse Charlotte de Belgique (1840-1927), impératrice du Mexique


L'obiit est un panneau de bois peint de forme quadrangulaire, toujours présenté sur pointe. Les armoiries du défunt y sont représentées. La date du décès est souvent inscrite, parfois également la date de naissance. Le fond est sombre, souvent de couleur noire, bien que les obiits réservés aux demoiselles mortes jeunes et célibataires avaient un fond blanc. Au Royaume-Uni, les obiits peuvent être divisés verticalement avec un fond noir et un fond blanc. En effet, si le fond noir se trouve à gauche, alors cela signifie que le mari est mort, laissant une veuve. Si le fond noir se trouve à droite, cela signifie que la femme du mari est décédée, laissant un veuf. 

Chapelle ardente au Palais de Bruxelles après le décès du roi Albert Ier en 1934


Sous l'Ancien Régime, quand un seigneur venait à mourir, un obiit était déposé dans chaque église de sa seigneurie. Ces éléments héraldiques s'intégraient à des célébrations funèbres bien plus élaborées et complexes que les funérailles contemporaines. Ces obiits n'étaient pas forcément destinés à durer dans le temps. En effet, ils étaient placés devant les candélabres durant les messes célébrées le jour anniversaire du défunt. Bien plus tard, un obiit était installé dans une église avec laquelle le défunt avait un lien particulier, ou alors ramené au château familial.

Funérailles de la reine Astrid en 1935


La famille royale belge, à l'instar de nombreuses familles nobles, a perpétué cette tradition. Le visiteur qui se rend dans l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg, proche du palais de Bruxelles, peut d'ailleurs admirer à droite du chœur, dans l'autel de Saint Jean Népomucène, les obiits des rois Léopold Ier (1790-1865), Léopold II (1835-1909), Albert Ier (1875-1934), Léopold III (1901-1983) et Baudouin (1930-1993), sans oublier celui du prince-régent Charles (1903-1983). Cette église n'est pas officiellement la paroisse royale mais l'édifice, agrémenté d'une loge royale et dont un passage discret la relie directement aux jardins du palais, est intimement lié à la famille royale. En effet, le roi Léopold Ier prêta serment sur les marches de l'église le 21 juillet 1831. Plusieurs baptêmes ou funérailles de membres de la famille royale s'y sont déroulés. Ceci explique donc la présence de ces obiits dans l'édifice religieux. 

Obiit du roi Léopold Ier, décédé le 10 décembre 1865
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du roi Léopold II, décédé le 17 décembre 1909
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du roi Albert Ier, décédé le 17 février 1934
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du prince-régent Charles, comte de Flandre, décédé le 1er juin 1983
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du roi Léopold III, décédé le 25 septembre 1983
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés

Obiit du roi Baudouin, décédé le 31 juillet 1993
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés


Sur l'une des colonnes de la nef se trouvent les obiits du prince Philippe (1837-1905), comte de Flandre, et de son épouse, née princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen (1845-1912), les parents du roi Albert Ier. Habitant le palais de la Régence tout proche, ils assistaient régulièrement à des offices dans cette église et leurs funérailles s'y déroulèrent. En dehors, des obiits des souverains belges et du prince-régent Charles, ce sont les deux seuls autres obiits aujourd'hui exposés. Les obiits qui ont réalisés pour d'autres membres de la famille royale sont quant à eux conservés dans les greniers du palais de Bruxelles. 

Obiits du prince Philippe, décédé le 17 novembre 1905 (haut) et
de la princesse Marie, décédée le 26 novembre 1912 (bas)
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés


Photo : Olivier Polet / tous droits réservés
(Photographie issue de l'ouvrage Aux marches du Palais paru en 2002 chez 
La Renaissance du livre)


Obiit de la reine Elisabeth (1965)
Jusqu'en 1965 et le décès de la reine Elisabeth, l'obiit était directement associé aux célébrations funèbres des membres de la famille royale. Cet élément était souvent placé devant le catafalque lors des funérailles du défunt et parfois également exposé dans la chapelle ardente. Lors des funérailles de la reine Astrid en 1935 et de la reine Elisabeth en 1965 célébrées en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, ou pour la chapelle ardente installée au palais de Bruxelles en hommage au roi Albert Ier en 1934, des photographies d'époque montrent que d'autres panneaux, assez similaires dans leurs formes à l'obiit, étaient placés devant des candélabres. 

Après 1965, des obiits ont été réalisés pour le roi Léopold III et le prince-régent Charles en 1983 puis pour le roi Baudouin en 1993. Ces obiits n'ont cependant pas été associés aux funérailles ou utilisés dans la chapelle ardente, bien que placés par la suite, comme de tradition, en l'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg. Puisque ces élément ne sont plus désormais associés directement aux cérémonies funèbres d'un défunt de la famille royale et que seuls les obiits des anciens souverains ou régent sont exposés après les funérailles, nous pouvons légitimement supposer que des obiits n'ont pas été réalisés suite au décès de la princesse Lilian en 2002, du prince Alexandre en 2009 et de la reine Fabiola en 2014. 

Funérailles de la reine Elisabeth en 1965



Cette tradition reste aujourd'hui plus ou moins vivace dans les grandes familles de la noblesse belge. A cet égard, l'artiste-peinte, héraldiste et généalogiste Olivier Nolet de Brauwere précise : « La tradition sommeille un peu actuellement mais elle peut reprendre à tout moment, personne ne sait pourquoi, ça fonctionne par vagues. Ce sont surtout les familles titrées qui font le démarche, mais aussi des gens qui tiennent à rendre hommage à un disparu, ou qui s'y prennent à l'avance pour être certain que ce sera réalisé dans les règles de l'art ». En 2008, le chef du cabinet du Roi prit contact avec lui. Le Palais, transmettant la documentation nécessaire, le chargea de réaliser l'obiit du comte Patrick d'Udekem d'Acoz (1936-2008), le père de la reine Mathilde (voir ci-contre). Le projet qu'il remit fut approuvé par la famille. Olivier Nolet de Brauwere eut très peu de temps pour réaliser cet obiit : ce travail lui prit une soixantaine d'heures et il ne dormit que quatre heures en trois jours !

Cette tradition funéraire n'a pas été reprise par la famille grand-ducale luxembourgeoise. Notons cependant qu'un obiit a été réalisé pour la princesse Alix de Luxembourg (1929-2019), veuve du prince belge Antoine de Ligne. Cette famille continue de respecter cette tradition et l'obiit de la sœur du grand-duc Jean fut porté par deux de ses petits-enfants du château de Beloeil jusqu'à l'église toute proche. Par ailleurs, des obiits ont également été réalisés pour les parents de la grande-duchesse héritière Stéphanie, le comte Philippe de Lannoy (1922-2019) et son épouse née Alix della Faille de Leverghem (1941-2012). Ces obiits étaient portés en tête du cortège funèbre lors de leurs funérailles célébrées à Anvaing.

Obiit de la princesse douairière de Ligne,
née princesse Alix de Luxembourg, décédé le 11 février 2019
Photo : Valentin Dupont / tous droits réservés


Funérailles du comte Philippe de Lannoy à Anvaing en 2019
Photo : Notélé (capture d'image)

Merci à Olivier Nolet de Brauwere pour son aide apportée dans la préparation de cet article et à Olivier Polet qui a autorisé l’utilisation d'une de ses photographies. 

29 juillet 2020

Le château de Walferdange


En 1817, le roi Guillaume Ier des Pays-Bas (1772-1843), grand-duc de Luxembourg depuis deux ans, ordonna la construction à Walferdange, situé dans le canton de Luxembourg, d’un « Dépôt royal d’étalons du Grand-Duché pour le Roi Grand-Duc ». Ce haras royal a été construit entre 1824 et 1828. Le roi Guillaume Ier ne visita jamais ce lieu. Il ne se rendit d’ailleurs jamais au Luxembourg. 

Illustration issue du Journal belge des connaissances utiles pour
l'émancipation et le bonheur des hommes
(1834)


Dans le Journal belge des connaissances utiles pour l’émancipation et le bonheur des hommes paru en 1834, il y est précisé ceci à propos de ce lieu : « Le haras (…) ne pouvait se soutenir qu’au moyen de dépenses exorbitantes, tant par le mauvais choix du terrain humide, que par ses bâtiments aussi mal combinés que l’exécution en était vicieuse ». Cette publication indique par ailleurs que l’élevage des chevaux en tant que tel n’y fut pas une grande réussite. 

Dessin de Nicolas Liez issu du Voyage pittoresque à travers le Grand-Duché
de Luxembourg
(1834)


La révolution belge de 1830, qui vit une grande partie du Luxembourg également se soulever, mit fin à ce haras royal. Les bâtiments restèrent alors inoccupés pendant une dizaine d’années. 

Le château de Walferdange par Piet Schipperus (vers 1879)

En 1841, un an après l’abdication de son père, le roi Guillaume II (1792-1849) visita le grand-duché. Lors d’un voyage vers Diekirch, il fit une halte devant l’ancien haras royal. Il proposa alors que les lieux soient remis en état afin de devenir une résidence royale lors des séjours du Roi Grand-Duc au Luxembourg. L’ancien haras royal devint alors le château de Walferdange (parfois également dénommé palais). Les bâtiments furent élargis, l’intérieur aménagé avec faste et les jardins agrandis. 

Le roi Guillaume II y séjourna à plusieurs reprises lors de ses visites au grand-duché, mais ce fut son fils le prince Henri d’Orange-Nassau (1820-1879) qui marqua Walferdange de son empreinte. En effet, celui-ci fut désigné par son frère le roi Guillaume III comme son lieutenant-représentant au grand-duché le 5 février 1850. Tout naturellement, il assuma cette charge depuis le château de Walferdange. Trois ans plus tard, le 18 mai 1853, il épousa la princesse Amélie de Saxe-Weimar-Eisenach (1830-1872). Le père de cette dernière, le prince Bernard (1792-1862), avait d’ailleurs jadis été nommé gouverneur général du grand-duché en 1831 par le roi Guillaume Ier. Femme et enfants l’avaient dès lors suivi au Luxembourg, dont la très jeune Amélie. 

Le prince Henri et la princesse Amélie arrivèrent à Walferdange le 14 août 1853, suivi quatre jours plus tard par leur joyeuse entrée face à une population réellement enthousiaste. Le couple princier fut apprécié des Luxembourgeois, et particulièrement de la population locale. Plusieurs lieux, institutions ou monuments font encore référence au prince Henri et à la princesse Amélie à Walferdange et au grand-duché. Le 2 mai 1872, la princesse Amélie s’éteignit au château, des suites d’une grave infection pulmonaire. Ce décès prématuré plongea le pays dans un deuil sincère. Seize ans plus tard, le prince Henri se remaria avec la princesse Marie de Prusse (1855-1888). 

Le 14 janvier 1879, le prince Henri, surnommé le Gudde Prënz Hari, décéda inopinément de la rougeole au château de Walferdange. Trois semaines plus tôt, il avait procédé à une distribution de cadeaux de Noël aux enfants de la commune, une tradition initiée vingt ans plus tôt avec la princesse Amélie et qu’il perpétua avec sa seconde épouse. Le prince Henri aurait contracté cette maladie infantile à cette occasion, plusieurs enfants de Walferdange étant alors atteints de la rougeole. Son corps quitta le château le 22 janvier. 



Les lieux n’étant plus une résidence royale, la commune installa une pompe d’incendie et un bureau de poste. Mais il fallut attendre le décès du roi Guillaume III pour que le château redevienne une résidence destinée à la famille régnante. Adolphe de Nassau-Weilbourg (1817-1905), ancien souverain du duché de Nassau qui devint grand-duc de Luxembourg le 23 novembre 1890, désira utiliser les lieux comme résidence d’été. Le château fut alors réaménagé de fond en comble, le vaste parc fut doté de serres et l’orangerie transformée en habitation. En juillet 1891, le grand-duc Adolphe séjourna déjà à Walferdange, rejoint par sa fille la princesse Hilda (1864-1952), épouse du grand-duc héréditaire Frédéric de Bade. 



Le grand-duc Adolphe au château de Walferdange


Avec le décès du grand-duc Adolphe en 1905, le château de Walferdange cessa d’être une résidence utilisée par la famille grand-ducale bien que cette affection fût toujours rendue possible par la Constitution. Pendant la Première Guerre mondiale, des enfants et des familles évacués des quartiers menacés de la ville de Luxembourg y trouvèrent refuge. La grande-duchesse Charlotte (1896-1985) y renonça officiellement en 1923, le bien passant alors à la libre disposition de l’Etat. Une loi du 3 novembre 1926 affecta le château de Walferdange, avec « ses dépendances et accessoires », à l’usage de l’école normale des institutrices. Cette école fonctionna jusqu’en 1944. Occupé temporairement par des troupes américaines à la fin Seconde Guerre mondiale, le château fut utilisé comme caserne par l’armée luxembourgeoise de mai 1945 à juillet 1967. Ensuite, la majeure partie du château servit pour l’Institut supérieur d’études et de recherches pédagogiques. 



En 2003, les bâtiments furent transformés en « Campus Walferdange », comme annexe de l’Université du Luxembourg nouvellement créée. Ce campus abritait la Faculté des Lettres, des Sciences humaines, des Arts et des Sciences de l’éducation. En 2015, ce campus a déménagé vers celui de Belval. Depuis, le site est occupé par le ministère de l’Education nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse.

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