20 juillet 2011

Mais qui est ce prince de Saxe-Cobourg ?

Léopold, Georges, Chrétien, Frédéric est né le 16 décembre 1790 à Cobourg. Il reçut le même nom que son parrain : l’empereur Léopold II d’Autriche (1790-1792). Il est le huitième enfant du duc François de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1750-1806), qui régna de 1800 à sa mort, et de la comtesse Augusta de Reuss-Eberdsdorf (1757-1831). La Maison de Saxe est l’une des plus anciennes d’Europe. Au XVe siècle, elle se divise en deux branches : l’une catholique, l’autre protestante ou dite « Ernestine » à laquelle appartient la famille du prince Léopold.   

Le prince Léopold enfant, âgé de 4 ou 5 ans. A l'arrière
se trouve une dédicace à sa grand-mère paternelle, la
princesse Sophie-Antoinette de Brunswick-Bevern
(1729-1820) qui l'a élevé.
© Palais Royal (pastel anonyme)
A sa naissance, le prince portait le nom de Saxe-Cobourg-Saalfeld, ainsi que les titres de duc de Saxe et prince de Saxe-Cobourg-Saalfeld. Cependant en 1826 son frère aîné, Ernest (1784-1844), alors prince régnant de Saxe-Cobourg-Saalfeld sous le nom d’Ernest III, à l’occasion d’une réorganisation des différents duchés saxons, devient Ernest Ier, duc de Saxe-Cobourg-Gotha. En effet, après avoir cédé Saalfeld aux Saxe-Meiningen, il reçut à son tour Gotha. Cette modification intervient également pour les différents membres de sa Maison : voici pourquoi le prince Léopold est plus connu comme « de Saxe-Cobourg-Gotha », malgré le fait qu’il n’en fut détenteur que cinq années avant de montrer sur le trône belge. 

La petite principauté sur laquelle régnait à sa naissance son grand-père, le duc Ernest (1724-1800), est suite à la victoire d’Iéna de l’armée napoléonienne sur les Prussiens, intégrée à l’Empire de Napoléon. Son père, gravement malade, est décédé avant que ne survienne la paix de Tilsitt en 1807 qui restaura l’indépendance de l’Etat, avec, il faut le noter, la pression du tsar russe. Sa sœur, la princesse Julienne (1781-1860) a en effet épousé en 1796 le grand duc Constantin Pavlovitch (1779-1831), frère du tsar Alexandre Ier.

Gravure aquarellée anglaise d'Henri Meyer d'après
un tableau d'Alfred Chalon (1816)


Le couple divorça en 1820, mais cette alliance permit au jeune Léopold de se familiariser aux combats de l’armée. A 18 ans, il était déjà général de cavalerie de l’armée russe. Mais lors de l’entrevue d’Erfurt, où il accompagna le tsar de Russie devant Napoléon, ce dernier fit comprendre au prince qu’il était dans ses intérêts de quitter l’armée russe s'il désirait que sa famille puisse continuer à jouir de sa principauté. Mais trois ans plus tard, en 1813, il fit son retour dans l’armée russe, se battant à Bautzen, Külm et Leipzig et prenant part à l’envahissement de la France aux côtés des Alliés. En 1815, il représenta son frère et défendit ses intérêts au Congrès de Vienne.

Le 2 mai 1816, à 26 ans, il fait un très beau mariage : il épouse la princesse Charlotte de Galles, âgée de 20 ans, et fille du régent Georges (futur Georges IV) et de la princesse Caroline de Brunswick. Fille unique, elle était alors l’héritière présumée au trône britannique. Après une fausse couche en juillet de l’année 1816, elle est décédée le 6 mai 1817, quelques heures après avoir mis au monde un enfant mort-né de sexe masculin. Léopold, qui se voyait déjà prince consort, est abattu par la mort de son épouse qu’il aimait profondément.

La princesse Charlotte de Galles et le prince Léopold de
Saxe-Cobourg-Saalfeld au théâtre (gravure de 1816)

En 1818, sa sœur Victoria (1786-1861) épousa, grâce à son intercession, le prince Edouard Auguste (1767-1820), duc de Kent et alors héritier présomptif de la couronne britannique suite au décès de la princesse de Galles. De cette union naquit en 1819 une princesse dénommée Alexandrine-Victoria, qui deviendra par la suite reine du Royaume-Uni et impératrice des Indes sous le nom de Victoria. Elle gardera toujours une grande affection pour son oncle Léopold, et elle s’alignera au choix de celui-ci quant à son mariage : le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, neveu du futur roi des Belges. 

Veuf, il continua à vivre au Royaume-Uni où il jouissait d’une certaine popularité mais également d’autres privilèges : outre son titre de prince de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, il obtint une importante rente et resta propriétaire de Claremont House. Il voyagea dans toute l’Europe, lui donnant l’occasion d’étayer ses contacts et de continuer à conserver sa réputation à la fois d’homme intelligent, influent mais aussi de charmeur. Il aurait d'ailleurs réalisé un mariage morganatique le 2 juillet 1829 avec une allemande, Karoline Bauer (1807-1878), une actrice qui ressemblait, dit-on, beaucoup à sa défunte épouse et qui était également la cousine du baron Stockmar, personnalité proche de Léopold. Le prince l’aurait alors titrée comtesse de Montgomery avant de s'en séparer en 1831 suite à l’acceptation du trône belge. 

Le prince Léopold portant l'Ordre de la Jarretière.
Dessin de G. Hayten datant de 1816
© Archives du Palais Royal

Dès 1825, la couronne de Grèce, qui s’affranchit du joug ottoman, lui fut offerte. Mais la situation était très compliquée et les insurgés étaient tantôt vainqueurs alors que les ottomans étaient tantôt en passe de reconquérir le pays. Deux années plus tard, le gouvernement anglais fit la même proposition à Léopold, mais des nouvelles invasions se produisirent. Après les insurgés et le gouvernement anglais, c’est fut tour des grandes puissances d’offrir la couronne grecque une nouvelle fois au prince Léopold en février 1830. Cependant, le trône ne fournissait pas assez de garanties à ses yeux et il y renonça le 21 mai. Ironie de l’histoire, c’est le prince Othon de Bavière (1815-1867) qui deviendra le roi de Grèce sous le nom d’Othon Ier en 1833. Ce prince s’était également déclaré candidat lorsque le trône belge était à pourvoir, mais il y avait échoué. Il sera en 1862 déposé suite à un coup d’Etat et remplacé par un prince de Danemark, le roi Georges Ier.  

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